Heureuse avec ses kilos
Soleil Extra du 14 juin 2001 page 2

 

Sujet: Bravo au chef du pupitre

On peut y lire:

Anne-Marie Chagnon a cessé de lutter contre la nature et n'a pas de difficulté à séduire malgré ses 350 livres

Mylène Moisan — MMoisan@lesoleil. com

Anne-Marie et une copine, assises au comptoir d'un bar, ont l'oeil sur un gars. Le même. Le cavalier a choisi Anne-Marie, dont le poids frôle les 300 livres. L'amie, une grande blonde aux yeux bleus fière de son poids-santé, n'est pas seulement déçue. Elle est incrédule. Elle n'imagine pas comment un homme « normal » a pu préférer tous ces kilos à sa cuisse ferme.

« Ma copine était frustrée et m'a dit qu'elle ne comprenait pas pourquoi le gars était parti avec moi. Ça m'a fait de la peine. C'était une bonne amie », note Anne-Marie Chagnon, de Montréal, bijoutière à son compte. L'anecdote remonte à une dizaine d'années, mais des commentaires comme ceux-là, venant des étrangers, elle ne les compte plus. Être gros dans une société qui a les kilos en sainte horreur, n'est pas une partie de plaisir. À moins d'en décider autrement. Et c'est ce qu'Anne-Marie a fait, à l'instar de plus en plus de femmes, qui ont leur voyage de lutter contre la nature.

Aux États-Unis, les organismes dédiés aux droits des gros prennent de plus en plus de place. Le Fat Activism, tel que baptisé là-bas, s'attaque à une cible colossale : les préjugés. Ceux de la société pour qui les gros sont des lâches et des fardeaux et ceux des personnes de forte taille qui ne s'acceptent pas telles qu'elles sont.

S'accepter, voilà la clé. Anne-Marie ne prône ni la grosseur, ni la minceur. « Il faut écouter son corps et ne pas essayer de lutter contre la nature. » Santé Québec évalue que plus du quart des Québécois ont un excès de poids. La proportion double au pays de l'Oncle Sam.

Fondé en 1969 aux États-Unis, le NAAFA (National Association to Advance Fat Acceptance) se veut le porte-parole de la minorité adipeuse. L'organisme s'occupe de quelques dossiers chauds, particulièrement de certaines compagnies aériennes qui veulent faire payer davantage les personnes de taille forte et des constructeurs automobiles qui n'offrent pas d'extension pour la ceinture de sécurité. Le mouvement compte aussi une aile radicale, le Fat Activism Task Force.

L'obsession de la beauté
Anne-Marie, elle, a choisi les arts visuels pour s'attaquer aux préjugés. Son Fat Activism, elle le pratique par la photo surtout et elle s'intéresse au sens et à la place de la beauté dans notre société. Récemment, elle a fait une série de clichés avec un modèle qui avait perdu plus de 100 livres en moins d'un an. Le corps vide. La peau fripée. Voilà ce qui reste des kilos perdus à force de régimes. Mais cette fille-là aime mieux ses seins qui pendent à son ancien corps rebondi.

Anne-Marie aussi a suivi son lot de régimes. « Je les ai tous essayés ! », lance-t-elle en riant. Et ses parents, avant elle, avaient aussi tout tenté. « À 11 ans, ma mère m'a emmenée chez le médecin pour qu'il me mette au régime. Je pesais 200 livres. Pendant un an, j'ai mangé des poudres à saveur de caramel et de chocolat, des jus de raisins vitaminés. C'était l'enfer ! Mes parents m'emmenaient aussi chez le psy, chez la diététicienne à Sainte-Justine. Ils me promettaient des récompenses pour les livres perdues. Ils voulaient tellement que je maigrisse. Mais ça n'a pas marché. »

À l'adolescence, Anne-Marie a été traitée de tous les noms. La petite grosse, c'était elle. « T'as ben beau être forte de caractère, tu ne peux pas rester insensible à te faire traiter de grosse torche à tout bout de champ. Je me souviens aussi d'un gars dans l'autobus qui faisait tous les jours un commentaire sur moi avant que je descende. Et tous les autres riaient. » À 15 ans, elle a suivi un régime extrême, décidée à en finir avec ce corps indésirable. Avec une discipline militaire. Deux heures d'entraînement par jour, un demi-pamplemousse le matin, une salade le midi et une autre le soir. Aucune protéine. Après un an, elle pesait 185 livres. Cent livres perdues en un an. Et puis elle est allée en croisière avec sa famille. Cinq jours pendant lesquels elle s'est laissé tenter par quelques croissants, par quelques pointes de gâteau. En revenant à quai, elle avait repris 15 livres. « Je n'avais pas abusé, je m'étais juste permis des choses dont je m'étais tellement privée depuis un an », fait-elle remarquer.

À chacun son corps
Depuis quatre ans, elle ne suit plus de régimes. Elle a aujourd'hui 28 ans et pèse autour de 350 livres. Elle ne s'est pas pesée depuis au moins un an. Non seulement ses kilos ne l'empêchent pas de vivre, mais elle est très heureuse avec eux. Et son chum aussi. Elle sort avec un gars depuis deux ans et demi et ils s'adorent. Philippe n'est pas gros. Un beau bonhomme même. Depuis plusieurs années, il n'a d'yeux que pour les filles comme Anne-Marie. Dans le monde des personnes de forte taille, il est un FA, un Fat Admirer.

Et il n'est pas seul. Aux États-Unis, les FA ont toujours plus d'occasions de rencontrer des BBW (Big Beautiful Women) pour se rincer l'oeil. Il y a même quatre revues spécialement conçues pour eux. Anne-Marie est d'ailleurs posée en page couverture du dernier Dimensions, un magazine américain à mi-chemin entre le Elle Québec et Playboy.

Plus près de nous, à Sainte-Foy, Sylvie Beauchemin organise depuis le mois de septembre des soirées hebdomadaires pour permettre aux femmes « généreuses » de rencontrer l'âme soeur. Mais elle avait un grave problème : les femmes ne se bousculaient pas au portillon. Une proportion de trois ou quatre prétendants pour une dame. Tellement que depuis trois semaines, elle a ouvert la porte à toutes les femmes, grasses ou minces. « Depuis que c'est pour tout le monde, il y a plus de grassettes qui viennent. Peut-être qu'elles sont moins timides comme ça », observe Mme Beauchemin, elle-même une « méchante pièce », selon ses termes. Plus de 200 livres, 5'9".

Et elle n'a jamais eu de difficulté à trouver chaussure à son pied. Anne-Marie non plus n'a pas de difficulté à séduire. Une autre belle entorse aux préjugés de la grosse incapable de faire succomber le sexe fort. « L'acceptation de mon corps s'est faite de façon progressive. Il y a des moments où je m'acceptais bien et d'autres où je voulais tout faire pour maigrir. Et c'est lorsque je m'acceptais que je me faisais un chum », note-t-elle.

La bachelière en arts visuels a toujours accordé une grande importance à son apparence. « Les gars qui aiment les grosses aiment qu'elles se fassent belles comme ceux qui aiment les minces. Quand je suivais mes régimes, je n'attendais pas d'avoir atteint le poids souhaité pour commencer à mettre des vêtements ajustés. Et aujourd'hui, je m'accepte comme je suis. Je suis belle et je veux mettre ma différence en valeur. » L'an dernier, au Connecticut, elle a même participé à un concours fort particulier : le Miss Big Beautiful Bathing Beauty Contest. En clair, un concours de Miss bikini pour les grosses. Et elle a gagné le premier prix. « C'est en quelque sorte un clin d'oeil aux concours de Miss America. Ça montre que chacun peut avoir une définition différente de la beauté. »

Mon commentaire

Il est intéressant de voir, qu'un journal comme Le Soleil, ai choisi de placer un texte en faveur des personnes qui ont dit non aux diètes. Habituellement, ils nous arrivent avec des statistiques qui dramatisent à l'extrême la supposée augmentation de l'obésité et de ses conséquences sur la santé. Le chef du pupitre décide d'insérer dans le journal, ce genre de texte pour faire peur, sous la pression de ceux qui ont un intérêt à vendre des moyens de perdre du poids (industrie pharmaceutique).

Ce texte fait le contre poids contre le lobby de l'industrie de l'amaigrissement. Bravo au journal Le Soleil.


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