Le contrecoup du discours antiobésité
Journal le Devoir du samedi 18 février 2006 page A8


Sujet: Le discours qui obsède 

On y lire:

L'anorexie frappe au primaire

Elles ont huit ans et jouent avec leur vie plutôt qu'à la marelle.

Elles ont encore les deux pieds dans l'adolescence les heurte déjà de plein fouet. 

Elles ont à peine huit, neuf ou dix ans et ne mangent plus. Petites plumes, d'à peine 25 kilos, leur vie ne tient plus qu'au tube de gavage qui leur remplit l'estomac.

Un mal de l'adolescence, l'anorexie? Plus maintenant. Cette maladie fait de plus en plus de ravages dans les cours d'école, à un âge où on s'amuse normalement à jouer à la marelle plutôt qu'avec sa vie.

À l'hopitâl Sainte-Justine, où le Dr Jean Wilkins...

Il y a quelques semaines, on lui a ainsi référé deux fillettes d'à peine dix ans qui se laissaient dépérir.

Le Dr Franzisca Baltzer, responsable de la clinique de l'adolescence de l'hôpital de Montréal, pour enfants (HME), a elle aussi hospitalisé une fillette de huit ans pesant 30 kilos, qui avait perdu trois ou quatre kilos. «En 12 ans de pratique, je n'avais eu à traiter qu'une seule enfant de moins de 12 ans. Mais depuis 2 ans, j'ai eu au moins 20 cas, raconte-elle.

Aux États-Unis, la même vague au déferle. Certains États ont même ouvert des cliniques externes particulières pour les jeunes de moins de 13 ans tant la demande est forte.

Lors d'un congrès sur l'anorexie organisé en juin 2005 par le célèbre National Institute of Health (NIH), les spécialistes n'en avaient que pour ce nouveau phénomène qui remplit leurs cabinets de petites puces en état d'inanition. C'est d'ailleurs dans les écoles primaires que se fait désormais la prévention aux États-Unis.

...l'anorexie chez les jeunes enfants entraîne l'arrêt complet de la croissance. 

...le plus haut taux de mortalité avec jusqu'à 10% de décès.

Affamé, il commence à se nourrir de masse musculaire. Privé des gras essentiels à sa croissance, le cerveau s'atrophie et secrète un taux anormal de sérotonine. Alerté, le corps commence à libérer du cortisol, une hormone du stress qui empêche les os de durcir normalement. La carence en protéines rend la peau et les cheveux secs et cassants.

Le fait de s'astreindre à un régime draconien pourrait en soi être un facteur précipitant pour les personnes déjà vulnérables, explique-t-il. En effet, la sous-alimentation entraîne une chute du taux de sérotonine et d'autres neurotransmetteurs dans le cerveau, ce qui mène ces personnes à adopter des comportements impulsifs et obsessionnels.

Cela étant, l'anorexie ne se règle pas avec des pilules.

Et le seul médicament, c'est la nourriture!, insiste le Dr Howard Steiger.

Le contrecoup du discours antiobésité

Il reste que les médecins qui soignent ces jeunes se posent de plus en plus de questions sur l'impact du discours omniprésent et culpabilisant au sujet de l'obésité.

«De plus en plus d'enfants se font lessiver les oreilles avec l'obésité. Ce discours est omniprésent dans les écoles, où on va même jusqu'à calculer l'indice de masse corporelle [IMC] dans les classes. Je vois des ados un peu rondelets, gênés par ce discours, qui se font vomir parce qu'on leur a dit qu'ils étaient trop gros», se fâche de Dr Wilkins.

Un de ses jeunes patients de 12 ans avait ainsi fait chuter son poids de 90 à 45 kilos en quelques mois en restituant tout ce qu'il ingurgitait.

À cet âge vulnérable où le corps est en proie à toutes les transformations et où il est normal d'avoir faim de façon constante, il ne faut pas inciter les enfants à surveiller leur poids, insiste-il. «J'ai des filles qui sont présentées en classe comme des modèles de santé parce qu'elles n'ont pas de gras alors qu'en fait, elles sont anorexiques!», grogne-t-il.

Selon le Dr Baltzer, chez les jeunes enfants, il est clair que l'environnement familial peut être déterminant, mais pas toujours dans le sens où on l'entendait auparavant. Sans s'en rendre compte, certains adultes transmettent à leurs rejetons leur rapport obsessionnel avec la nourriture et le corps.

«Si les parents ne mangent que du yogourt 0 %, du lait écrémé, et contrôlent tout ce qu'ils mangent, ça ne transmet pas des habitudes d'alimentation normales à leurs enfants», affirme-t-elle.

Et chez plusieurs de ces petites patientes, c'est malheureusement souvent le cas. Carburant à la perfection et à la performance, les parents inculquent à leur insu un message délétère à leurs enfants, qui finissent par angoisser à la vue du moindre petit bout de gras.

Et si les fillettes adoptent le code vestimentaire des adolescentes en exposant leur nombril, carburent à la même musique et idolâtrent les mêmes chanteurs, faut-il s'étonner qu'elles finissent par souffrir des mêmes maux ?, soulève le Dr Baltzer. «D'après moi, cette hypersexualisation des enfants les mène à avoir des manies d'adultes plus tôt. Très tôt, elles développent cette peur de vieillir qui les mène à stopper leur croissance», dit-elle.

Pour ce médecin, c'est tout l'environnement culturel et social des enfants qui est subtilement anorexigène.

Un sondage mené auprès d'écolières par des chercheurs de Toronto révélait récemment que 55 % des fillettes de huit à dix ans affirment vouloir perdre du poids. Plus percutant encore, 21 % des fillettes de la maternelle se trouvaient trop grosses. Avec une telle obsession, pas étonnant que, quelques années plus tard, plusieurs enfants basculent dans l'anorexie, soutient le Dr Baltzer.

Chose certaine, alertée par cette flambée de cas d'anorexie chez les enfants, la Société canadienne de pédiatrie vient d'entamer une étude pancanadienne pour évaluer de façon précise l'ampleur du phénomène. Les résultats, attendus dans quelques mois, pourraient être étonnants. Chez les adolescentes, on évalue l'incidence de l'anorexie à 1 %. Chez les enfants, elle pourrait atteindre les 25 cas pour 100 000 habitants.

Mon commentaire

Sommes-nous au juste dans un environnement obésigène ou anorexigène ? La réponse à cette question est assez simple à trouver. Ce dossier sur l'anorexie vient appuyer ce que j'écrivais dans mon commentaire sur les recommandations du groupe de travail GTPPP de l'Association pour la santé publique du Québec. La lutte contre l'obsession de la minceur est incompatible avec la lutte contre l'obésité/malbouffe. 

L'environnement obésigène, cela n'existe pas. Car, c'est un concept qui a été lancé pour tenter d'expliquer quelque chose qui n'existe pas: « l'épidémie d'obésité ». Pour démontrer un changement biologique chez l'être humain, il faudrait faire une étude sur des dizaines d'années. Comme ce concept est très récent, il n'existe pas d'étude qui démontre que l'environnement est responsable de l'obésité.

Donc, affirmer qu'il y aurait un environnement obésigène, c'est sans fondement. Au Québec, la nourriture a toujours été abondante et très calorique. Les gens ne font pas moins ou plus d'exercices physiques. Car ceux-ci sont aussi paresseux aujourd'hui qu' il y a 200 ans. La modernité n'a pas changé l'être humain.

En fait, l'environnement obésigène est simplement une boutade pour justifier le discours dogmatique des intégristes anti-obésité/malbouffe. Mais sans contredit, ce discours crée un environnement anorexigène. 

Le discours anti-obésité/malbouffe suit la logique de l'anorexique. Ainsi, celui-ci a pour but d'insister les gens à réduire,  le plus possibles, leur apport calories. Dans leur définition de la malbouffe, ce n'est pas la qualité des aliments qui fait problème, mais c'est la quantité de calories qu'il y a dedans. 

Pour nous pousser à nous restreindre, les nutritionnistes nous font peur avec la quantité de sucre et de gras qui se retrouve dans les aliments. 10 sachets de sucre dans une canettes de boisson gazeuse et 4 carrés de beurre dans une frite. En fait, toutes leurs recommandations ont pour but de nous faire manger le moins de calories possible. 

La simple suggestion n'est pas suffisante. Il faut utiliser la coercition. Ainsi, les écoles doivent retirer la malbouffe et les machines distributrices de leur cafétéria. On doit éloigner les restaurants de fast foods des écoles. On doit taxer la malbouffe. On doit empêcher les restaurants de servir des portions généreuses. Etc.

Cette chasse aux calories engendre une folie collective. Là, ce que nous devons avoir le plus peur, c'est des calories. L'action de manger n'est plus quelque chose de festif. Manger, aujourd'hui, est devenu un danger mortel à cause des intégristes anti-obésité. Nous creusons notre tombe avec nos dents, quoi! 

Le péché réside dans le plaisir de manger. Ainsi, pour éviter que les enfants deviennent obèses, il faut leur retirer le plaisir de manger. Il faut leur retirer toutes les cochonneries. Tout ce qui procure du plaisir est considéré comme de la malbouffe. Car, le plaisir de manger est associé à l'action la plus offensante qui soi : « manger ses émotions ». Pour ne pas manger ses émotions, il faut être très rationnel dans ses choix alimentaires. Qui sont les plus rationnels dans leurs choix alimentaires : « les anorexiques ». Celles-ci sont précises au centième de calorie.

Une femme obsédée par la minceur en fait des enfants aussi obsédés. Si la mère a décidé de se mettre au yogourt 0% de gras et, à la salade sans vinaigrette, ses enfants n'ont le choix de la suivre. Les enfants qui s'habituent aux privations perdre le contact avec le plaisir de manger et deviennent susceptible de verser dans l'anorexie.

Le plaisir de manger constitue un élément essentiel pour maintenir en bonne santé mentale chez les enfants. Il est associé à l'affectivité, au réconfort et au sentiment de sécurité. 

Complément d'information

L'histoire

L'anorexie frappe au primaire

Anorexie: L'anorexie de plus en plus fréquente au primaire

'Fat activist' puts focus on health, not numbers

Experts worry that focus on obesity could lead to more anorexia, bulimia

the incidence of eating disorders in the United States has more than doubled since the 1960s

Young Children Dealing With Anorexia

Hysteria over rising levels of obesity has helped to trigger an increase in eating disorders such as anorexia and bulimia nervosa among schoolchildren.

L'anorexie chez les enfants

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