Mozaîk courbes: les lettres de noblesse des rondeurs
Journal Le droit, Éditions week-end des 8 et 9 mars 2008 A2 arts & spectacles

Mozaîk Courbes

Sujet: Fantastic

On peut y lire:

De quoi se réjouir, et de quoi bouder

En cette journée internationale de la femme, toutes raisons sont bonnes pour prendre un temps d'arrêt et réfléchir à la condition féminine. Ma collègue Valérie Lessard nous présente un projet inédit conçu par un créateur de chez nous. Jean René. Avec Mozaîk Courbes, il a décidé non seulement de concélébrer rondeurs féminines, mais de rappeler que toutes les formes méritent d'êtres vues, et pourquoi pas, admirées. Le résultat est impressionnant. La quarantaine de participantes au projet nous offre sur papier glacé une belle leçon d'humilité.

Cette initiative n'est pas sans rappeler celle de la compagnie Dove, qui n'avait pas hésité à remplacer sa traditionnelle banque de mannequins filiformes par des vraies femmes avec des rides et des poignées d'amour.

Les publicités de Dove ont fait jaser dans les chaumières et elles ont circulé à grande vitesse sur la toile. Le plus optimistes ont même parlé d'un vent de changement.

Si l'on a salué à grand coup de bravos la démarche de Dove, on attend encore que d'autres grandes entreprises emboîtent le pas. En photographiant les rondeurs naturelles des femmes qui ont accepté de poser pour son projet Mozaîk Courbes, Jean René avait une idée précise en tête. «Par l'art, on peut envoyer le message que les courbes ont leur place dans notre société», fait valoir le directeur artistique et concepteur de la Mozaîk humaine.

En se mettant à nu devant devant la photographe et cinq autres artistes visuelles, chargées pour leur part d'y aller de croquis de son corps, Catherine Gagné avait elle aussi une mission à remplir : redonner leurs lettres de noblesses à ses rondeurs. «Depuis que j'ai perdu une amie, qui est morte des complications dues à l'anorexie-boulimie à l'adolescence, je cherchais une façon de montrer que les femmes ne sont pas toutes filiformes comme le veulent la mode et les publicités», soutient avec ferveur la violoniste âgées de 33 ans et mère de deux enfants.

«C'est comme si on voulait imposer à toutes les fleurs d'être des roses ! Mais c'est aussi joli, une pivoine en santé, et c'est beau, un jardin rempli de fleurs variées!» lance-t-elle du même souffle, comme un cri du coeur.

De l'initiative de Jean René est né un livre, Mozaîk Courbes, lancé lors du Salon du livre de l'outaouais, qui regroupe l'essentiel de la démarche collective entreprise il y a deux ans.. «Quand nous avons lancé l'invitation à la population féminine pour ce projet, on ne savait pas qui répondrait à l'appel, raconte-t-il. Toutes les femmes étaient bienvenues et nous n'avons effectué aucune sélection. La seule exigence que ces femmes devaient rencontrer, c'était de porter des vêtements de 10 ans de taille ou plus.»

Une quarantaine de femmes entre 18 et 50 ans dont l'une a même pris l'avion de Calgary pour la cause – se sont pointées à la Maison de la culture de Gatineau, où Jean René les avait conviées à venir le rencontrer.

Se dévoiler pour lever le tabou

«Nous avons osé nous dévoiler pour lever le tabou sur les rondeurs et les effets du temps qui passe, précise Catherine Gagné. Ce qu'on voit, dans le livre, ce sont des corps vrais, des corps de mère, de voisines, d'amies, de collèges. Je les trouvais belles, ces autres femmes, dont certaines étaient plus rondes que moi. J'ai dû me rendre à l'évidence que c'est toujours plus facile d'accepter les courbes des autres que les siennes... Depuis je me sens plus belle et encore mieux dans ma peau, malgré ma cellulite! Nous sommes les premières à être dures envers nous même, quand la société nous martèle que nous ne correspondons pas au modèle qu'elle cherche à nous imposer. Prendre part à ce projet a été thérapeutique pour moi et pour plusieurs autres participantes, car tout a été fait dans le plus grand respect et avec beaucoup de classe.»

Douze artistes visuels, dont quatre photographes, ont pris part au projet. Toutes – Jean René étant le seul homme du lot- devant a priori «avoir l'oeil ouvert aux rondeurs.» «Chaque séance visait à permettre à cinq artistes d'offrir cinq perspectives d'une même modèle, à travers cinq paries d'yeux, médiums et sensibilités différents», souligne Jean René.

D'un trait de crayon ou de fusain, d'une nuance de pastel, de peinture à l'eau, d'acrylique, voire d'un coup de pinceau à l'ordinateur, les artistes devaient saisir une pose du modèle et la figer pour la postérité.

«Nous n'avons ni ajouté, ni enlevé de courbes ou de plis à qui que ce soit, même si nous sommes habitués à travailler avec photoshop».

Si certaines illustrations s'avèrent résolument modernes, d'autres ne sont pas sans étrangement rappeler, dans l'essence, les tableaux de Renoir, Toulouse-Lautrec, Modigliani, Botticelli, voire Degas. Ingres et d'autres grands maître qui sont eux mêmes mis en valeur des femmes pulpeuses à une époque ou ces courbes étaient mieux perçues.

Chaque femme a ensuite eu le dernier mot sur les photos et croquis aujourd'hui publiés dans Mozaîk Corubes, selon ce qu'elles étaient prêtes, au final, à montrer d'elles. Chacune, qui a droit à un profil (âge, grandeur et taille de vêtements) a aussi signé le texte qui accompagne ses images et son visage.

«Les courbes font la différence entre la fille et la femme. Elles sont l'insigne de la croissance et de la maturité. Les courbes soignent et réconfortent, elles éveillent et désirent, elles sont à la fois la force et la douceur de la féminité. Je porte avec fierté» témoignage Nathalie , 37 ans 5'9 » et portant des vêtements de taille 16.

«Je me plais a penser que mon corps prend de la place alors qu'on lui demande de s'effacer, qu'il est convexe, alors qu'on lui impose d'être concave, qu'il est doux et rond, alors qu'on le supplie d'être dur et pointu. La présence même de mon corps dérange parfois; mon corps s'impose, demande à être vu et remarqué. Mon corps est un temple et non une mode passagère», écrit pour sa part E.C., 24 ans, 5'7 » et portant elle aussi des vêtements de taille 16.

Un outil pédagogique

Dans ce livre bilingue qui contient malencontreusement quelques coquilles – Catherine Gagné veut maintenant faire un outil pédagogique, notamment dans les classes de quatrième et cinquième secondaires.

«Les jeunes femmes, principalement, s'imposent de ressembler à un corps féminin idéalisé qui n'existe que dans le monde virtuel et photoshopé de la publicité. Il me semble que Mozaîk courbes pourrait être utilisé afin de susciter des discussions sur le surjet. Car c'est quoi, la beauté, dans le fond ? Pour moi, en tout cas, elle commence entre les deux oreilles», mentionne-t-elles.

«Aujourd'hui, on ne sait plus ce qu'est d'avoir un vrai corps, tant l'image de la femme, et de l'homme aussi, de plus en plus, tend à être idéalisée vers un modèle unique et seulement virtuel, clame Jean René. Malgré ce que le milieu de la publicité, la télévision et autres cherchent à nous faire croire, le nirvana ne se trouve pas dans la minceur. Les rondeurs aussi ont leur place dans notre monde. L'important, en fait, c'est que les gens s'acceptent, peu importe leur taille, leur poids, leur âge.»

L'art par et pour les gens

Pour l'initiateur des divers projets Mozaîk Humaine, la base du concept passe justement par cette ouverture au plus grand nombre. «Depuis le début, nous voulons donner la chance à Monsieur et Madame Tout-le-monde de participer à un projet artistique. Les gens qui répondent à nos invitations sont partie prenante du résultat, de l'oeuvre qui est ainsi créée», rappelle Jean René, dont l'une des mosaïques photographiques orne l'une des façades extérieures du Musée canadien des civilisations.

La Mozaîk humaine s'inscrit dans une volonté d'humaniser par l'art l'espace urbain. Pour Jean René, qui souhaite faire de son concept « le Cirque du Soleil de l'art visuel à grand déploiement et interactifs», cette Mozaîk Courbes pourrait passer du livre à la rue. du moins, c'est ce qu'il espère.

«Dans une deuxième phase, j'aimerais que les témoignages de toutes ces femmes se transposent sur les murs ou les trottoirs de la ville. Ultimement, ce que je voudrais, c'est donner des rondeurs à un édifice du centre-ville de Gatineau!»

Mon commentaire

Ça constitue une belle initiative ce projet. Je suis là bouche bé devant le courage de ces femmes. Elles ont fait une action pour faire avancer la cause de la valorisation des rondeurs féminines qui est très difficile à faire avancée.

Une des très rares actions d'affirmation publique, sûr ce sujet, fait par des femmes au Québec. Les femmes aux États-Unis sont plus actives et dynamiques pour l'avancement de la cause de l'acceptation des rondeurs (fat acceptence).

On peut dire ce que l'on veut des américains, mais ils ne sont pas assujettis à la rectitude politique comme les Québécois peuvent l'être ici.

Au Québec, le corporatisme est roi et maître. Dans ce contexte, les initiatives individuelles sont impossibles ou presque($$$). Le corporatisme contribue fortement à uniformiser l'opinion publique.

En effet, l'opinion publique au Québec est contrôlée pour qu'elle ne dévie pas trop de celle du pouvoir en place. Ainsi, les gens qui osent exprimées une opinion divergente, sont mal vus dans notre société. De cette situation découle le concept du centre droit et du centre gauche en politique au Canada.

Le corporatisme est bien encadré par ceux qui financent les organismes. Ceux-ci doivent poursuivre une cause acceptable, selon le gouvernement et les institutions donatrices comme Centraide, pour obtenir une subvention.

Les québécoises sont très conformistes. Elles ont peur de déranger, de se faire regarder de travers. Cela est surtout vrai lorsque la revendication concerne leur intimité sexuelle comme peut l'être leur apparence physique. En effet, les femmes sont littéralement écrasées par le discours dominant de la lutte anti-obésité malbouffe entre autres. Notons que celui-ci contribue fortement à maintenir les femmes dans l'obsession de la minceur.

Un aparté

Le conformiste québécois engendre une dérive sociale. L'illusoire nécessité d'obtenir l'unanimité constitue l'ultime rêve québécois. Par conséquent, il y a beaucoup de personnes qui souffrent de la névrose du prophète que j'appelle.

Leurs opinions seraient inspirées directement par le saint-esprit. Quand, ils expriment leurs opinions, ils parlent au nom de tous les québécoises et québécois. Tout ce qu'ils pensent, les autres le penseraient aussi nécessairement.

Il y en a qui veulent tirer profit de cette névrose collective de la population québécoise. Recevoir une subvention du gouvernement se compare à recevoir une sanctification. L'organisme qui obtient une subvention obtient en même temps une image de pureté. Leurs opinions seront perçues comme une vérité.

La fondation Lucie et André Chagnon a été encore plus loin dans utilisation de l'état pour mieux dominer l'opinion publique. Elle a été béatifiée par l'adoption du projet de loi numéro 1. Celui-ci a été tout spécialement rédigé pour satisfaire les exigences du roi André Chagnon.

Un projet de loi qui a créé un fonds dont l'argent vient à part égale de l'état et de sa fondation. La gestion du fonds se fait aussi conjointement à part égale entre l'état et lui. En d'autres mots, André Chagnon a obtenue le privilège de prendre des décisions gouvernementales sans être élue comme député.

L'agenda du gouvernement est désormais fixé pour les prochaines dix années. La lutte contre la prétendue épidémie d'obésité prendra toute la place. La lutte contre l'obsession de la minceur, qui constitue, tant qu'à elle, portant un réel problème, sera écartée.

Compte tenu de ce contexte, nous pouvons mesurer l'immense courage de ces femmes qui ont participé à ce projet artistique afin de brisé le tabou des rondeurs.

La domination de la fondation Lucie et André Chagnon se rajoute à l'hyper-valorisation de la minceur comme critère de beauté par les médias et le domaine artistique. En d'oubliant pas les pressions faites par l'industrie de l'amaigrissement. Rien pour aider les femmes à apprendre à aimer leur corps.

De là, il est facile de comprendre que:

La valoriser des rondeurs féminines constitue la cause, la plus difficile à défendre, qui soie. Pas difficile, parce qu'elle est injustifiée. Mais parce qu'elle n'a pas une grande valeur aux yeux de la société.

Ainsi, contenu que je défends cette cause pratiquement à temps plein depuis 1993, dont depuis 1996 sur internet. Mon succès se limite encore au niveau de la communauté fat acceptance sur internet.

J'ai l'impression des fois que la société m'a condamné à l'isolement totale et entière devant mon ordinateur.

C'est très difficile de convaincre les femmes qu'elles sont belles et séduisantes avec leurs rondeurs. Il est encore plus difficile de les convaincre de faire des actions d'affirmations publiques.

Ne pas faire de l'argent et être marginalisé ce n'est pas ce qui est le plus dur. Ce qui est souffrant, c'est de ne pas avoir de personnes avec qui je pourrais échanger ma passion pour la beauté des rondeurs féminines.

Pourquoi aucun homme n'ai sollicité à ce jour une rencontre avec moi pour parler ? C'est sûrement que les hommes qui aiment les femmes rondes vivent avec la gêne d'aimer les femmes rondes.

Du côté des femmes, elles sont surement paralysées par la honte.

J'explique cette indifférence, parce qu'en général, je pense que je suis considéré au même niveau que les femmes considèrent leur corps. Soit que très peu.

J'ai le sentiment d'être méprisé au même titre les femmes méprisent leurs rondeurs.

Pour la très grande majorité des femmes, comme il n'y a aucune raison d'aimer leurs rondeurs. Il n'y a aucune raison pour lesquelles elle m'accorderaient de l'intelligence, du talent, de la compétence et de la sensibilité.

Ce n'est pas les médias traditionnel qui vont s'intéresser à moi. Alors, que devra-t-il se passer pour que cela change ?

Les femmes doivent se rendre compte qu'elles sont les seules à avoir le pouvoir de la prendre la décision d'arrêter d'être une victime de contexte culturel anti-rondeurs féminines.

D'arrêter d'attendre le miracle, en se disant que quand les rondeurs redeviendront à la mode, je commencerai à m'aimer. Cela n'arrivera pas. Vous toutes individuellement vous avez le pouvoir de changer les choses. N'attendez pas après les autres impliquez vous à m'aider à trouver de l'argent pour ma fondation.

Informations supplémentaires

L'histoire:

Une Mozaïk toute en rondeurs

Autres iniatives semblabe:

Full Body Project

Real Women Project  

http://adipositivity.com

Les femmes, par soumission ou par conformiste, préfèrent dépenser de l'argent pour approfondir la haine de leur corps et pour mieux se faire mépriser que pour s'affirmer et faire des actions pour mieux apprendre à aimer leurs rondeurs. Par exemple:

Chantal Lacroix - Elle a perdu 10 livres  

Plus ferme que jamais  

Les bons régimes 

Le corporatisme

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