Grossophobie?
Journal de Québec, mercredi 25 juillet 2018, p.10

Mathieu Bock-Côté affirme que « la grossophobie n'existe pas » et que « c'est une lutte absurde ».

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Sujet:Un faux intellectuel

On peut y lire:

(On apprenait récemment dans les pages du Journal que la comédienne Debbie Lynch-White, dont personne ne contestera l'incroyable talent, avait partagé sur sa page Facebook une pétition en appelant à la censure d'une série, Insatiable, qui sera prochainement diffusée sur Netflix.

Cette série met en scène une jeune femme autrefois grosse, devenue mince après un accident, qui devient alors très populaire et tire avantage de sa nouvelle situation pour se venger.

Censure

Debbie Lynch-White accuse cette série de grossophobie.)

(La grossophobie n'existe pas. C'est une lubie. Au nom de la culture de l'estime de soi, on en vient à nier certaines évidences qui relèvent même de la santé.

Diversité

Naturellement, il faut critiquer le culte du mannequin filiforme qui assi­mile la beauté féminine à un corps décharné. La beauté humaine ne s'incarne pas dans un seul modèle et le désir ne se canalise pas sur un type exclusif de silhouette. Heureusement ! Certains aiment les femmes en sablier­­­, d'autres les grandes minces, les uns les petites, les autres les rondes, et ainsi de suite. Mais ne confondons pas l'éloge de la diver­sité des corps avec une lutte absurde contre la grossophobie.)

Mon commentaire

Mathieu Bock-Côté affirme que « la grossophobie n'existe pas » et que « c'est une lutte absurde ».

D'où sort ce type-là au juste ? Il est censé être un intellectuel. Je crois que c'est seulement un personnage qu'il s'est créé. Il en est pas vraiment un.

La première qualité d'un intellectuel est la curiosité. En d'autres mots, être continuellement à la recherche d'informations et vouloir toujours tout savoir.

S'il s'était informé adéquatement sur l'origine du mot grossophobie ou du pourquoi ce mot fait surface aujourd'hui. Il n'aurait jamais osé dire que la grossophobie n'existe pas et que c'est une lutte absurde.

En contrepartie, Mathieu Bock-Côté n'aurait jamais osé écrire que l'homophobie n'existe pas. Il se ferait lapider sur la place publique. Québecor lui aurait retiré ses chroniques dans leurs journaux. Il aurait été banni des médias et serait devenu un paria.

Ceci s'explique par le fait que la cause homosexuelle est reconnue dans la société grâce à un activisme très important sur des décennies de la communauté gai et lesbienne pour faire se respecter et reconnaître leurs droits.

Pour ce qui est de la grossophobie le chemin vers la reconnaissance est ardu et rempli d'obstacles surtout au Québec.

Le mouvement d'affirmation, qui comprend les mannequins de taille plus, le size positive, le fat acceptance, le size activism et le body positive, a acquis grâce au web une grande respectabilité dans plusieurs pays ce qui a permis au mot grossophobie (fatphobia, fat-shaming) d'être plus largement reconnu.

D'ailleurs, le mot grossophobie est dans le dictionnaire Robert 2019.

Ceux qui ridiculisent le mot grossophobie sont des réactionnaires. Ils sont incapables de remettre en question le mépris qu'ils ont envers les gros. Ils réagissent en disant: « on ne commencera pas à encourager l'obésité ».

La lutte contre la grossophobie a commencé officiellement en 1969 avec la création de la national association for advance fat acceptance aux États-Unis, cela fait 50 ans.

La grossophobie est étudiée dans plusieurs universités à l'intérieur ce qu'on nomme les fat studies.

Le mot grossophobie a pris du temps à être nommé à cause d'un contexte socioculturel et médical. Ainsi, il y a eu la valorisation de la minceur comme ultime critère de beauté et comme critère de santé associée à la guerre contre l'obésité.

Les femmes ont vécu dans la honte:

- ne pas vouloir perdre du poids, ce n'est pas se préoccuper de sa santé, un péché mortel;

- avoir des rondeurs, c'est comme être mal habillé. Quelle femme oserait afficher sa laideur en public ? C'est un manque de savoir-vivre et un manque de fierté, un péché mortel.

Les femmes ont été réduites au silence pendant toutes ces années-là.

Tout ce qui sous-entend haine et mépris envers les rondeurs féminines sont et étaient de la grossophobie.

Les femmes n'ont pas besoin d'être de très très fortes tailles pour être victimes de grossophobie. Ainsi à la moindre rondeur apparente elles se font regarder de travers.

Le mot grossophobie exprime une situation qui existe depuis longtemps. Pour dénoncer une situation intolérable, il est important d'avoir des mots pour l'exprimer (pour le dire), pour cibler le problème, pour s'affirmer et se faire respecter.

Voici la liste des éléments qui sous-entendent haines et mépris envers les rondeurs féminines:

- l'industrie de l'amaigrissement qui abuse de la vulnérabilité féminine et de l'obsession de la minceur pour faire de l'argent;

- la discrimination morphologique envers les femmes à la télévision et au cinéma où la minceur est idéalisée;

- les spéciales minceurs dans les revues à potin;

- les chroniques et les émissions de télévision pour aider les femmes à perdre du poids;

- le bitchage des comédiennes et des mannequins qui engraissent dans les revues à potin;

- la guerre contre la prétendue épidémie d'obésité qui propage l'idée qu'il ne faut pas être gros pour être considéré en santé;

L'argument santé a été récupéré par ceux qui méprisent les femmes rondes pour les bitcher et les ridiculiser.

Pour les intégristes anti-obésité, il n'existe pas de diversité morphologique, les gros n'ont pas raison de l'être, c'est de leur faute s'ils le sont.

- la chirurgie baratrique est le paroxysme de la haine médicale contre les gros. On s'en prend physiquement à eux, on les mutilent;

- la grossophobie médicale cela existe, des médecins qui veulent absolument faire maigrir les femmes;

- les femmes rondes sont les souffre-douleur des humoristes, les petites grosses;

- au cinéma et dans les téléromans les rondes ont des rôles comiques, des mahrattes ou des confidentes, jamais la jeune première qui tombe en amour avec un beau jeune homme;

- les femmes rondes se font crier des noms quand elles marchent dans la rue.

- les femmes rondes se font insulter en public gratuitement seulement parce qu'elles ont des rondeurs;

- les insultes contre les femmes rondes sont tolérées. Elles sont les seules personnes qui méritent d'être méprisées;

Ainsi, il n'y a pas de censure dans la société les gens peuvent insulter les femmes rondes sans subir de réprobation.

- ce contexte social de grossophobie se transpose dans les écoles où l'intimidation envers les gros est plus importante que contre les jeunes homosexuels;

- les femmes rondes sur les réseaux sociaux, elles se font traiter de grosse;

Les personnes qui vont sur la place publique pour dire que les mannequins tailles plus encouragent l'obésité;

Les situations ou les femmes sont victimes de mépris envers leur apparence physique sont légion.

Conclusion

Mathieu Bock-Côté au lieu d'affirmer n'importe quoi, il aurait dû compatir avec les femmes du Québec qui vivent dans un contexte culturel de fermeture sur la question de la grossophobie.

En effet, la guerre contre l'obésité a pris toute la place au Québec. Tout le monde s'est accordé pour mettre leur énergie pour la promotion des saines habitudes de vie afin de lutter contre la prétendue épidémie d'obésité soient: les groupes féministes, les psychologues, les députés, les partis politiques, les journalistes, les nutritionnistes, la santé publique, etc.

La grossophobie est loin des préoccupations des gens et même que cela n'effleurait pas l'esprit des féministes.

Les québécoises sont encore dominées par le discours dogmatique anti-obésité. Les arguments santés servent à intimider les femmes pour leur fermer leur boîte. Les gros n'ont aucune raison de se plaindre, ils n'ont qu'à perdre du poids pour être en santé.

En résumer, les femmes au Québec ont de la misère à aller sur la place publique pour dénoncer le fait qu'elles sont victimes de grossophobie. Elles ont besoin d'être soutenues et appuyées pour les encourager à s'affirmer, à exiger d'être respecté et non de se faire dire que la grossophobie n'existe pas.

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Bullied at school because it was gay. After a bad trip on cannabis he return a real or true man
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